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LA CHINE : LES PROBLEMES DEMOGRAPHIQUES
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INTRODUCTION : La République populaire de Chine est de loin le pays le peuplé au monde avec 1.334.425.000 habitants en 2009. C’est également une nation multiculturelle du fait des nombreuses ethnies qui composent sa population. Cette taille démographique et cette pluralité ethnique ont engendré des problèmes qui pèsent lourdement sur le développement socioéconomique du pays et sur l’intégrité territoriale de la Chine.
Faut-il alors analyser, en premier lieu, les problèmes liés à la diversité ethnique, ensuite les handicaps imputables à l’inégale occupation de l’espace et enfin les obstacles induits par la taille démographique ?
I)- UN COCKTAIL DE NATIONALITES.
La population chinoise est très composite. Elle est constituée ainsi d’une majorité de Hans regroupant plus de 90% de la population et de plusieurs minorités principalement les Mandchous, les Tibétains, les Miaos, les Mongols, les Uigurs, les Huis, les Coréens. Ces populations pratiquent des religions variées avec une majorité d’adeptes du Taoïsme et du Bouddhisme mais aussi des minorités musulmanes, chrétiennes et confucianistes. Ces populations bigarrées sont, néanmoins, divisées, dans bien des cas pour des raisons historiques ou culturelles, à travers des conflits latents ou ouverts. Ces conflits de plus en plus fréquents et parfois sanglants constituent une menace à l’intégrité territoriale et à sa stabilité politique.
C’est le cas des revendications nationalistes des Tibétains dont le combat est incarné par le Dallai Lama et qui ont pris une nouvelle dimension depuis les JO de 2008 : soulèvements et répressions tragiques au Tibet, conflits diplomatiques entre la Chine et les pays accueillant ou discutant avec le leader tibétain.
C’est également l’exemple des Uigurs, population musulmane de la Chine du Nord qui revendiquent une plus grande considération et au-delà une autonomie. Les violences dramatiques qui les ont opposés aux Hans au cours de l’année 2009 sont les expressions des frustrations de cette minorité et leurs rivalités avec l’ethnie majoritaire.
En bref, les revendications nationalistes ou d’identités culturelles de plus en plus vives, principalement, chez les Tibétains et les Uigurs sont des menaces sérieuses à la stabilité sociopolitique et économique du pays. Ces contraintes sont aggravées par des disparités régionales dans la distribution de la population et de la richesse.
II)- UNE POPULATION TRES INEGALEMENT REPARTIE DANS L’ESPACE.
En 2009, la RPC comptait une densité de 139 hab. / km2. Mais, ce chiffre cache de profondes disparités régionales dans la distribution de la population. En effet, la Chine orientale des plaines et du littoral est de loin le centre gravité de la population concentrant l’essentiel des grandes métropoles et plus de 90% des Chinois sur prés de 40% du territoire soient des densités dépensant 200 hab. au km2. Par contre, la Chine des Hauts Plateaux et des Montagnes correspondant au Centre et à l’Ouest du pays est un véritable vide démographique n’abritant que moins de 6% de la population sur prés de 60% de l’espace national. Ces régions correspondent d’ailleurs aux domaines de prédilection de la plupart des minorités notamment les Tibétains, les Turcs, les Uigurs et les Mongols.
Cette répartition très inégale s’explique, d’abord, par des facteurs physiques qui opposent une Chine de l’Ouest montagneuse aux climats très rigoureux à une Chine Orientale des plaines et des bas plateaux aux conditions climatiques plus clémentes, aux conditions édaphiques et hydrographiques plus favorables et ouverte à l’Océan pacifique. Ainsi, l’aménagement de ces régions orientales et les investissements sans cesse croissants (le littoral est le principal bassin récepteur des flux d’IDE) qui s’y réalisent ont attiré plusieurs populations et fixé sur place des peuples (comme les Hans) dont l’occupation est très ancienne.
Par conséquent, de sérieux problèmes de disponibilité d’espace d’habitat et de culture se posent en Chine côtière. Pour faire face à cette situation l’Etat a réglementé, depuis 1950, la circulation des populations au sein de l’espace national surtout entre villes et campagnes même si l’exode rural continue d’alimenter les migrations internes. Enfin, dans les villes de la Chine orientale, les habitations en hauteur très souvent collectives sont de plus en plus encouragées.
Ainsi, la « Chine du plein », principal centre de gravité de la population et de l’économie chinoises contraste nettement avec la « Chine du vide », véritable périphérie marginalisée au sein de cet « atelier du monde ». Ce problème de surcharge de la Chine orientale va de pair avec des difficultés liées à la taille démographique.
III)- UNE TAILLE DEMOGRAPHIQUE EXORBITANTE POUR DES RICHESSES ENCORE INSUFFISANTES.
Evolution de la population chinoise et de son TAN de 1950 à 2009
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Années
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1950
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1960
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1970
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1980
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1990
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1995
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2004
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2009
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Population (en millions d’hab.)
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553
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662
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830
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987
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1120
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1200
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1288
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1334
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TAN (en %)
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3,70
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2,08
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3,34
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1,89
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2,10
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1,71
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0,62
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0,74
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Sources : Atlas éco, 2006, Images Economiques du monde, 2006 et Atlas éco, 2011.
L’évolution générale de la population chinoise montre une croissance démographique très importante comme l’atteste un taux de variation de près de 140 % entre 1950 et 2009. Ainsi, la taille démographique a très tôt constitué un véritable casse tête pour les autorités chinoises, au lendemain de la révolution communiste. En effet, les progrès accomplis en matière de développement socioéconomique ont été, en grande partie, annihilés par la taille démographique exorbitante de la Chine. Cette population a, par exemple, augmenté de 19,71% entre 1950 et 1960 soit 109 millions d’habitants en valeur absolue. C’est ainsi que malgré la controverse entre les révolutionnaires autour de Mao et les réalistes autour de Deng Xiaoping, dans une Chine surpeuplée et technologiquement arriérée, une politique coercitive de limitation des naissances sera adoptée et appliquée à partir de 1979. Il s’agit de la politique de « l’enfant unique » qui fixe l’âge au premier mariage à 23 ans pour les filles et à 25 ans pour les garçons. Visant à baisser le rythme de croissance démographique tout en agissant sur les paramètres économiques, cette politique a porté ses fruits avec des TAN en chute vertigineuse depuis 1980 : 1,89% en 1980, 1,71% en 1995 et 0,74% en 2009. Parallèlement, l’ISF qui était de 2,9 en 1980 est passé à 1,77 en 2009. Au même moment, la forte croissance économique de la Chine a rehaussé le niveau de vie générale des populations même si le revenu annuel du chinois est encore assez faible avec 3.547$ et sa consommation énergétique modeste de 1,736 tep en 2009.
Par conséquent, la politique de population antinataliste chinoise conjuguée aux progrès socioéconomiques ont engendré le vieillissement progressif de la population avec une part des personnes âgées de 65 ans et + de 08,02%, un âge médian de 34,1 ans et une espérance de vie de 73,31 ans en 2009. Mais, le fardeau démographique est encore une grande équation à résoudre. En effet, si la Chine doit faire, de loin mieux que les Etats-Unis, pour hisser sa population au rang des sociétés très riches de consommation, le vieillissement amorcé de cette population est de plus en plus inquiétant.
Ainsi, la taille démographique impressionnante de l’Empire du milieu a toujours été un handicap pour le développement socioéconomique harmonieux de la Chine moderne. Malgré la politique de l’enfant unique, les énormes richesses actuelles du pays sont encore insuffisantes à la satisfaction des besoins du plus grand nombre.
CONCLUSION : De manière générale, la démographie chinoise présente des problèmes principalement des agitations nationalistes de plus en plus fréquentes et vives, une surcharge démographique de la Chine côtière contrastant avec le vide de l’hinterland mais aussi et surtout le fardeau de la taille démographique aux besoins encore très supérieurs aux richesses actuelles.